11 novembre 2006

Enfants perdus

Ce n’est peut-être qu’un fait divers, mais je me sens terriblement touchée par cette triste histoire. Une jeune fille de 16 ans a accouché d’un bébé qu’elle a abandonné dans un boisé. L’enfant est mort. On accuse aujourd’hui la mère « de meurtre au deuxième degré, d'infanticide, de négligence criminelle ayant causé la mort et d'abandon d'enfant. » On parle même de lui infliger une peine pour adulte. Comme le disait un avocat interrogé à la radio, cette jeune fille en détresse a besoin d’aide, mais voilà que le système judiciaire lui tombe dessus et la prend en exemple pour démontrer que l’irresponsabilité des jeunes en matière de sexualité doit être condamnée. Rien que ça.

Je suis mère d’une fille de 16 ans et jamais au grand jamais je ne la laisserais vivre une situation comme celle-ci sans lui offrir mon aide et mon appui. Nous avons discuté de l’avortement, de la contraception et de la sexualité suffisamment ouvertement pour qu’elle soit en mesure de prévenir une grossesse indésirée ou de prendre une décision si elle survenait.

J’imagine que cette jeune fille était terriblement seule et sans ressources, complètement terrorisée et incapable de gérer cette situation sans aide. De l’aide qu’elle n’a pas demandée. Elle-même s’est mise dans une situation où sa vie aurait pu être en danger.

Aujourd’hui, je me pose beaucoup de questions en rapport avec cet événement. D’abord, je n’ai pas peur d’affirmer que personnellement, malgré le décès de l’enfant, je ne condamnerais pas la mère mais je l’aiderais à se réhabiliter. Ensuite, je me demande pourquoi, dans une telle situation, on ne cherche pas aussi le père. Car lui aussi, tout autant que cette mère, est responsable de l’enfant qui n’a pas survécu.

Je souhaite que tous les regroupements de femmes soient solidaires pour empêcher la justice d’imposer une peine trop sévère à cette personne.

19 octobre 2006

Sortie des artistes

Félix Leclerc, Robert Charlebois, Gilles Vigneault, Jean-Pierre Ferland, Claude Léveillée, Pauline Julien, Diane Dufresne, tous ces artistes font partie du paysage de mon adolescence. Sur ma table tournante, ils ont côtoyé les Genesis, Emerson Lake and Palmer ou Supertramp, mais aussi Harmonium, Beau Dommage et Les Séguin. À ces grands artistes, je dois mon attachement à la chanson francophone et mon amour des beaux textes et des paroles de chanson qui ont un sens. Ils ont porté notre culture québécoise à son plus haut niveau, et c’est avec fierté qu’ils nous ont représentés en France, où ils ont ouvert les portes que franchissent désormais plus facilement les jeunes artistes.

À 62 ans, Charlebois est aussi fougueux qu’à 30 et ne souhaite pas s’arrêter de sitôt. Même si elle se trouvait déjà vieille à 40 ans, Diane Dufresne n’a pas besoin d’oxygène pour continuer à donner des spectacles. Je l’ai vue partager la scène avec des rappeurs qui, eux, semblaient avoir le souffle coupé devant tant d’énergie.

Claude Léveillée n’a pas eu cette chance. Il s’est écroulé en plein spectacle et un deuxième accident vasculaire cérébral (AVC) est venu anéantir tout espoir de retour sur scène. La semaine dernière, c’était au tour Jean-Pierre Ferland de nous faire une peur bleue. À la suite d’un malaise, il s’est rendu à l’hôpital et il a été forcé d’annuler son spectacle car on a d’abord cru qu’il avait fait un AVC lui aussi. Aujourd’hui, il est de retour chez lui et les médias ont expliqué qu’il avait subi une opération qui lui a évité le pire.

Nos artistes ne veulent pas s’arrêter. Comme tout le monde, ils vieillissent. Certains très bien, d’autres un peu moins. Et ils continuent à travailler fort, à s’épuiser, jusqu’à ce que leur corps refuse d’aller plus loin. Je n’aurais pas voulu voir Jean-Pierre Ferland s’écrouler sur la scène en guise d’adieu. Mais je suis persuadée qu’il y retournera et qu’il sera ovationné. Ce sera bien, ce sera beau, sûrement grandiose, mais ce sera un moment terriblement fragile où chacun retiendra son souffle de peur que quelqu’un ne vienne faucher cet instant de vie qui risque à tout moment de s’envoler.

01 octobre 2006

Écroulement

Samedi midi, je prenais la route pour aller cueillir des pommes avec mon copain. Dans la boutique où nous nous sommes arrêtés pour acheter un sandwich, un jeune homme racontait à la serveuse qu’un grave accident venait de se produire sur une autoroute de Laval.

C’est en écoutant la radio, sur le chemin du retour, que nous avons compris que le viaduc qui venait de s’écrouler était celui que j’emprunte toutes les semaines tout près de chez moi. Frissons.

Ma fille ne nous accompagnait pas, mais je savais qu’elle était sortie elle aussi pour aller cueillir des pommes avec des amis. Sur la route, quelque part, à quelle heure? Un court instant l’inquiétude m’a envahie, mais j’ai vite réalisé que les heures ne concordaient pas, et qu’ils devaient avoir quitté la maison beaucoup plus tard. Soulagement.

J’avais quand même hâte d’avoir de ses nouvelles, tout comme ma sœur qui s’est vite empressée de téléphoner chez moi pour vérifier si j’avais encore tous mes morceaux. Je savais qu’elle allait m’appeler. Je l’ai rassurée. Nous étions tous sains et saufs.

Cet accident a fait des morts et des blessés. On avait signalé la chute de morceaux de béton environ une heure avant l’écroulement. Personne n’a pris la décision d’interrompre la circulation. Un morceau de béton qui risquait de tomber sur la tête de quelqu’un n’avait pas l’air d’être une raison suffisante. Il a fallu que le viaduc s’écroule pour que les autorités commencent à s’inquiéter. Trop tard.

Des personnes ont payé de leurs vies la négligence de ceux qui n’ont pas réalisé au bon moment l’urgence de la situation.

Aujourd’hui, c’est comme ça. Avant de réparer le toit, on attend qu’il s’écroule. Avant de réparer les trains, on attend qu’ils déraillent. Avant d’adopter des mesures pour contrôler le réchauffement de la planète, on attend qu’elle étouffe.

Et nous, nous sommes dessus, dedans ou dessous, toujours vivants. Pour le moment.

24 septembre 2006

Étrangers

Quand j’étais petite, je me méfiais des Anglais. Il y avait une famille de rouquins qui habitait près de chez moi. Ils étaient tous semblables. Grands, couverts de taches de rousseurs et très agressifs. Les garçons se battaient entre eux, et les filles les encourageaient.

Plus tard, lorsque nous avons commencé à fréquenter l’école secondaire, nous devions passer devant « l’école anglaise » pour nous rendre à la nôtre. Les jeunes anglophones ne cessaient pas de nous narguer. Un jour, nous avons décidé de les attaquer. Des œufs plein les poches, nous attendions qu’ils commencent leurs habituelles provocations pour les bombarder. Croyez-moi l’effet fut absolument saisissant ! Bien sûr nous nous sommes sauvés au pas de course avant que les professeurs ou le directeur de l’école se lancent à notre poursuite.

Le lendemain, lorsque nous sommes passés devant l’école, un peu honteux d’avoir commis un tel geste, c’est avec une grande surprise que nous avons constaté que les Anglais se tenaient bien tranquilles et qu’ils allaient cesser pour de bon de nous importuner. Désormais, c’est dans le silence et la paix que nous allions passer notre chemin.

C’est clair, nous n’aimions pas les Anglais et aucun d’eux n’a jamais réellement fait partie de notre groupe. Par contre, nous avions une famille italienne dans le voisinage et leur fille est vite devenue notre amie. Les parents nous accueillaient gentiment chez eux et nous n’avons jamais senti aucun malaise entre nous. Même si ces gens-là parlaient une autre langue que la nôtre, ils avaient aussi appris à communiquer avec nous dans notre langue. Je me revois assise sur les genoux de la dame, qui tentait patiemment de me faire réciter les jours de la semaine en italien. Ces moments font partie des plus beaux souvenirs de mon enfance.

C’est finalement par ce long détour que je veux aboutir à cette chronique, publiée dans le Globe and Mail, qui a provoqué beaucoup de protestations. Je suis personnellement terriblement attristée qu’une journaliste puisse insinuer que les Québécois sont des gens intolérants, et que c’est à cause de leur manque d’ouverture envers les immigrants que se produisent des tueries comme celle qui vient d’avoir lieu au Collège Dawson.

Ouf !

Nos politiciens, eux aussi, ont lancé leurs œufs. Jean Charest a écrit : « Le texte de Mme Wong est une disgrâce. Il témoigne d’une ignorance des valeurs canadiennes et d’une incompréhension profonde du Québec. Mme Wong devrait ainsi avoir la décence de s’excuser auprès de tous les Québécois. » Stephen Harper a écrit : « Si l'auteure a droit à son opinion, l'argumentation avancée est carrément absurde et sans fondement. Sa démarche est non seulement gravement irresponsable, mais cela est faire preuve d'un préjugé inacceptable que d'attribuer la faute de ce drame à la société québécoise. » Et enfin, André Boisclair a qualifié les propos de la journaliste de « dérives intellectuelles qui témoignent d'un mépris réel à l'endroit des Québécois ».

J’espère que la dame a suffisamment été éclaboussée pour avoir besoin d’une bonne douche. Au fond, elle doit ressentir une énorme frustration pour se défouler ainsi sur nous avec des arguments aussi mesquins. Il faut être passablement inconscient et endormi pour ne pas réaliser que le Québec est une terre d’accueil pour les immigrants du monde entier et que ses citoyens sont fiers de cette diversité culturelle qui rayonne sur leur propre culture.

15 septembre 2006

Tuer son prochain

La nouvelle a fait le tour du monde à haute vitesse; les réseaux de communication ont été instantanément surchargés, interrompant des conversations entre parents morts d’inquiétude et étudiants affolés; les rumeurs se sont répandues comme des rats lâchés dans une montagne de déchets. Dans le feu de l’action, on a confondu des policiers en civil avec des tueurs armés. Il y en avait un, puis deux, puis trois, puis cent.

Les médias se sont déchaînés. C’était à qui allait obtenir le scoop, sans aucun souci d’informer, de respecter, de vérifier avant de parler. Tout ça fait réfléchir. Énormément.

Si les médias ont tenté de rapporter les événements seconde par seconde, encore une fois sans se soucier de vérifier la rumeur, bien peu se sont occupés des parents inquiets, des frères et sœurs paniqués, des familles dévastées. Les parents de la jeune victime l’ont cherchée toute la journée, apprenant son décès beaucoup plus tard, comme le public d’ailleurs.

On nous a montré des images du tireur fou et de son arme. Sur son blogue, ses écrits trahissaient sa révolte, son dégoût, sa haine, sa noirceur, mais surtout son engouement pour les armes et son attrait pour la mort.

Ici, au Québec, n’importe qui peut entrer dans une école, dans une garderie, dans un collège ou dans une université. À certains endroits, il y a des gardiens à l’entrée, mais ceux-ci n’effectuent aucun contrôle. À tout moment, quelqu’un peut s’introduire, armé jusqu’aux dents, et tirer sur tout ce qui bouge. Le contrôle des armes à feu n’y changera rien.

07 septembre 2006

Uniforme

Des extraits d’un forum de discussions ont été publiés aujourd’hui dans un journal distribué gratuitement. La discussion portait sur le code vestimentaire dans les écoles et sur la responsabilité des parents face à l’habillement de leurs enfants. Après tout, ce sont les parents qui achètent les vêtements non?

La question du j-string en offusque plusieurs. Particulièrement lorsque le sous-vêtement est porté par de très jeunes filles. D’autant plus qu’une certaine mode oblige celles qui le portent à le laisser bien paraître, sans quoi il ne servirait à rien de porter un sous-vêtement aussi inconfortable. Le but, c’est qu’il soit vu!

La mode est une chose, le code vestimentaire imposé dans les écoles en est une autre. Serait-il vraiment nécessaire de contraindre tous les élèves à porter l’uniforme? Pouvons-nous encore compter sur le bon sens, le respect et l’ouverture d’esprit pour nous sauver de cette obligation?

Les arguments de ceux qui sont en faveur du port de l’uniforme sont nombreux. Mais réfléchir à la question nous oblige à nous interroger sur l’importance que l’on accorde, justement, aux apparences. Les jeunes sont souvent victimes de discrimination, du jugement des autres, de la moquerie. Le vêtement représente un moyen de se distinguer, de s’identifier à un groupe, de se définir. Pour l’adolescent, ce processus a son importance.

Le style vestimentaire est souvent une source de conflit entre les parents et leurs enfants. Il est très facile de porter le blâme sur les parents lorsqu’il est question du choix des vêtements. On les accuse d’un laisser-aller qui frôle l’irresponsabilité, sans s’interroger sur les réelles influences qui poussent les jeunes à se vêtir comme ils le font. Les enfants sont, bien plus que les adultes, victimes des stéréotypes qu’on leur impose à grands coups de publicité et de vidéoclips.

Il faut avoir des nerfs d’acier pour se battre contre ces monstres et faire comprendre à nos enfants qu’ils ont tort de vouloir être comme tout le monde. Au fond, ne portent-ils pas tous déjà un uniforme?

31 août 2006

Décalage

Il y a quelque chose d’étrange dans l’air. On dirait que le temps est suspendu. D’habitude, dans les magasins, on trouve des vêtements d’automne dès la fin du mois de juillet. Hier encore, les petites camisoles d’été de toutes les couleurs se trouvaient en pile sur les comptoirs. Il fait chaud, c’est vrai, mais quand même, il y a matière à perplexité.

La semaine dernière, alors que toutes les piscines municipales étaient fermées, on nous annonçait les résultats de tests effectués sur l’eau. Tout le monde était heureux d’apprendre que nos enfants se sont baignés tout l’été dans une soupe de bactéries absolument dégueulasse. Merci pour l’avertissement, mais dorénavant, ne serait-il pas souhaitable que de telles études soient effectuées un peu plus tôt dans la saison?

Le magazine L’actualité nous annonce fièrement, pour la rentrée, la disponibilité d’un nouvel outil sur son site Internet. Il s’agit d’une base de données qui sert à comparer les résultats des écoles entre elles. Merci L’actualité, mais il est un peu tard pour nous aider à faire un choix éclairé non?

Trop tôt ou trop tard? Je ne sais trop, mais ce décalage m’inquiète un peu.