18 février 2007

Conscience et différences


À travers toutes les discussions et les nombreux dérapages que suscite le sujet des accommodements raisonnables, chacun s’interroge sur sa tolérance, sa capacité à accepter la différence, sa compréhension et sa connaissance de l’autre. Je l’ai fait moi aussi.

Quand j’étais petite, on appelait ce genre d’exercice : faire son examen de conscience. Quand j’étais petite, j’allais à l’église tous les dimanches, je me confessais sans comprendre ce qu’était un péché. J’ai fait ma première communion et ma confirmation, et personne ne m’a jamais demandé si je comprenais pourquoi.

Aujourd’hui, les églises sont désertes et les jeunes n’ont aucune obligation d’adhérer à la pratique religieuse comme c’était plus ou moins le cas à une certaine époque. Désormais, l’éducation religieuse doit se faire à la maison ou dans la communauté, mais plus à l’école.

Ce qui laisse croire que peu à peu notre société se désintéresse de la religion catholique et de sa pratique, de ses symboles, de ses rites et de ses principes. Quelques aînés fréquentent encore les églises, mais on s’interroge déjà sur le sort que connaîtront ces bâtiments peu à peu désertés et trop chers à entretenir.

Mais revenons à l’examen de conscience.

Je peux tolérer qu’une femme musulmane se voile, mais je ne peux tolérer la pensée qu’elle le fasse sans une totale liberté de choix. Humblement, je ne peux en juger. Le voile, pour certains, représente un symbole de renoncement et de soumission et pourrait être tout aussi gênant pour les uns que la vue d’une femme en maillot d’exercice peut l’être pour les autres. Tout est une question de point de vue, justement.

Je suis d’accord avec le principe que la société civile et la société religieuse aient chacune leurs règles, mais je crois que celles de la société civile doivent être respectées par tous, tandis que celles de la société religieuse le sont par choix.

Ces questions sont délicates et les politiques actuelles devront s’ajuster rapidement afin de permettre à tous de vivre dans le respect des différences.

23 janvier 2007

Chacun son blogue

Me revoilà. Je sais, ça fait longtemps et, en principe, un blogue digne de ce nom devrait être alimenté régulièrement. Malheureusement, ces temps-ci, je suis un peu occupée ou pas assez préoccupée pour me sentir à l’aise de rédiger un bout de texte à déposer ici. Ce n’est pas parce que l’actualité me laisse indifférente. Oh! que non! Mais il y a des moments où j’aime mieux me taire. Et le titre de ce blogue n’est pas étranger au fait que je préfère réfléchir avant d’écrire.

Pincez-moi si je rêve, mais il me semble que de plus en plus de journalistes, chroniqueurs et auteurs envahissent l’Internet avec leurs blogues. Non contents d’avoir une tribune pour s’exprimer et pour être lus ou entendus – ces gens-là écrivent déjà dans les journaux, dans les revues, publient des livres, sont interviewés à la télévision et à la radio, et ça ne suffit pas! Les voilà qui se lancent à la conquête de l’espace de plus en plus occupé de la blogosphère. C’est la mode, et je suppose que dans les salons, les journalistes qui n’ont pas de blogue se font traiter de retardés…

C’est pour cette raison que j’étais très intéressée d’entendre ce qu’avaient à dire sur le sujet trois journalistes qui participaient à une émission de radio assez populaire.

Les entendre parler de compétence, de fautes d’orthographe et d’absence de talent d’écriture ne m’a pas étonnée. Les journalistes n’aiment pas les blogues parce qu’ils se sentent menacés. Ils s’imaginent qu’ils sont les seuls à avoir le droit d’exprimer leur opinion en public, mais aussi qu’ils sont les seuls à avoir une opinion. C’est sérieux. Il doit y avoir une longue file d’attente devant le bureau du psy des journalistes…

Ils se sentent menacés parce que la présence des blogues dilue le lectorat. Elle leur vole des lecteurs potentiels. C’est pour cette raison qu’ils se bousculent pour prendre la place, pour tasser les « mauvais rédacteurs qui écrivent n’importe quoi » et montrer aux internautes qu’eux seuls, les professionnels de l’écriture, peuvent rapporter une nouvelle correctement, avoir des idées, diffuser des informations, susciter la controverse, répondre au monsieur qui est choqué par leurs propos et envoyer ch… la planète si ça leur chante.

Ça me choque.

Finalement, ce mini débat était particulièrement moche, mais le sujet vaudrait la peine d’être discuté.

Ceci dit, je ne lis pas vraiment les blogues des journalistes. J’aime bien lire leurs chroniques dans les journaux et les revues ou les entendre à la télé et à la radio. Mais je m’arrête là. Tout le monde devrait connaître ses limites.

16 décembre 2006

Mon beau sapin

Il y a quelque chose qui me dérange dans cette histoire de la juge de Toronto qui a fait enlever un sapin de Noël dans le hall d'entrée du Palais du Justice. D'abord, je me demande vraiment si le sapin est un symbole religieux ou tout simplement une tradition. Ensuite, je m'interroge sur l'usage d'une autorité douteuse dont cette juge a fait preuve pour que ledit sapin soit retiré de la vue des gens. Quelqu'un a-t-il fait une plainte ? Le sapin peut-il réellement incommoder des gens qui ne sont pas chrétiens ? Alors, pourquoi pas démollir toutes les églises tant qu'à faire ! Au cas où ça pourrait déranger quelqu'un qu'il y ait des catholiques au Canada !
Vraiment, je n'y comprends rien...

11 novembre 2006

Enfants perdus

Ce n’est peut-être qu’un fait divers, mais je me sens terriblement touchée par cette triste histoire. Une jeune fille de 16 ans a accouché d’un bébé qu’elle a abandonné dans un boisé. L’enfant est mort. On accuse aujourd’hui la mère « de meurtre au deuxième degré, d'infanticide, de négligence criminelle ayant causé la mort et d'abandon d'enfant. » On parle même de lui infliger une peine pour adulte. Comme le disait un avocat interrogé à la radio, cette jeune fille en détresse a besoin d’aide, mais voilà que le système judiciaire lui tombe dessus et la prend en exemple pour démontrer que l’irresponsabilité des jeunes en matière de sexualité doit être condamnée. Rien que ça.

Je suis mère d’une fille de 16 ans et jamais au grand jamais je ne la laisserais vivre une situation comme celle-ci sans lui offrir mon aide et mon appui. Nous avons discuté de l’avortement, de la contraception et de la sexualité suffisamment ouvertement pour qu’elle soit en mesure de prévenir une grossesse indésirée ou de prendre une décision si elle survenait.

J’imagine que cette jeune fille était terriblement seule et sans ressources, complètement terrorisée et incapable de gérer cette situation sans aide. De l’aide qu’elle n’a pas demandée. Elle-même s’est mise dans une situation où sa vie aurait pu être en danger.

Aujourd’hui, je me pose beaucoup de questions en rapport avec cet événement. D’abord, je n’ai pas peur d’affirmer que personnellement, malgré le décès de l’enfant, je ne condamnerais pas la mère mais je l’aiderais à se réhabiliter. Ensuite, je me demande pourquoi, dans une telle situation, on ne cherche pas aussi le père. Car lui aussi, tout autant que cette mère, est responsable de l’enfant qui n’a pas survécu.

Je souhaite que tous les regroupements de femmes soient solidaires pour empêcher la justice d’imposer une peine trop sévère à cette personne.

19 octobre 2006

Sortie des artistes

Félix Leclerc, Robert Charlebois, Gilles Vigneault, Jean-Pierre Ferland, Claude Léveillée, Pauline Julien, Diane Dufresne, tous ces artistes font partie du paysage de mon adolescence. Sur ma table tournante, ils ont côtoyé les Genesis, Emerson Lake and Palmer ou Supertramp, mais aussi Harmonium, Beau Dommage et Les Séguin. À ces grands artistes, je dois mon attachement à la chanson francophone et mon amour des beaux textes et des paroles de chanson qui ont un sens. Ils ont porté notre culture québécoise à son plus haut niveau, et c’est avec fierté qu’ils nous ont représentés en France, où ils ont ouvert les portes que franchissent désormais plus facilement les jeunes artistes.

À 62 ans, Charlebois est aussi fougueux qu’à 30 et ne souhaite pas s’arrêter de sitôt. Même si elle se trouvait déjà vieille à 40 ans, Diane Dufresne n’a pas besoin d’oxygène pour continuer à donner des spectacles. Je l’ai vue partager la scène avec des rappeurs qui, eux, semblaient avoir le souffle coupé devant tant d’énergie.

Claude Léveillée n’a pas eu cette chance. Il s’est écroulé en plein spectacle et un deuxième accident vasculaire cérébral (AVC) est venu anéantir tout espoir de retour sur scène. La semaine dernière, c’était au tour Jean-Pierre Ferland de nous faire une peur bleue. À la suite d’un malaise, il s’est rendu à l’hôpital et il a été forcé d’annuler son spectacle car on a d’abord cru qu’il avait fait un AVC lui aussi. Aujourd’hui, il est de retour chez lui et les médias ont expliqué qu’il avait subi une opération qui lui a évité le pire.

Nos artistes ne veulent pas s’arrêter. Comme tout le monde, ils vieillissent. Certains très bien, d’autres un peu moins. Et ils continuent à travailler fort, à s’épuiser, jusqu’à ce que leur corps refuse d’aller plus loin. Je n’aurais pas voulu voir Jean-Pierre Ferland s’écrouler sur la scène en guise d’adieu. Mais je suis persuadée qu’il y retournera et qu’il sera ovationné. Ce sera bien, ce sera beau, sûrement grandiose, mais ce sera un moment terriblement fragile où chacun retiendra son souffle de peur que quelqu’un ne vienne faucher cet instant de vie qui risque à tout moment de s’envoler.

01 octobre 2006

Écroulement

Samedi midi, je prenais la route pour aller cueillir des pommes avec mon copain. Dans la boutique où nous nous sommes arrêtés pour acheter un sandwich, un jeune homme racontait à la serveuse qu’un grave accident venait de se produire sur une autoroute de Laval.

C’est en écoutant la radio, sur le chemin du retour, que nous avons compris que le viaduc qui venait de s’écrouler était celui que j’emprunte toutes les semaines tout près de chez moi. Frissons.

Ma fille ne nous accompagnait pas, mais je savais qu’elle était sortie elle aussi pour aller cueillir des pommes avec des amis. Sur la route, quelque part, à quelle heure? Un court instant l’inquiétude m’a envahie, mais j’ai vite réalisé que les heures ne concordaient pas, et qu’ils devaient avoir quitté la maison beaucoup plus tard. Soulagement.

J’avais quand même hâte d’avoir de ses nouvelles, tout comme ma sœur qui s’est vite empressée de téléphoner chez moi pour vérifier si j’avais encore tous mes morceaux. Je savais qu’elle allait m’appeler. Je l’ai rassurée. Nous étions tous sains et saufs.

Cet accident a fait des morts et des blessés. On avait signalé la chute de morceaux de béton environ une heure avant l’écroulement. Personne n’a pris la décision d’interrompre la circulation. Un morceau de béton qui risquait de tomber sur la tête de quelqu’un n’avait pas l’air d’être une raison suffisante. Il a fallu que le viaduc s’écroule pour que les autorités commencent à s’inquiéter. Trop tard.

Des personnes ont payé de leurs vies la négligence de ceux qui n’ont pas réalisé au bon moment l’urgence de la situation.

Aujourd’hui, c’est comme ça. Avant de réparer le toit, on attend qu’il s’écroule. Avant de réparer les trains, on attend qu’ils déraillent. Avant d’adopter des mesures pour contrôler le réchauffement de la planète, on attend qu’elle étouffe.

Et nous, nous sommes dessus, dedans ou dessous, toujours vivants. Pour le moment.

24 septembre 2006

Étrangers

Quand j’étais petite, je me méfiais des Anglais. Il y avait une famille de rouquins qui habitait près de chez moi. Ils étaient tous semblables. Grands, couverts de taches de rousseurs et très agressifs. Les garçons se battaient entre eux, et les filles les encourageaient.

Plus tard, lorsque nous avons commencé à fréquenter l’école secondaire, nous devions passer devant « l’école anglaise » pour nous rendre à la nôtre. Les jeunes anglophones ne cessaient pas de nous narguer. Un jour, nous avons décidé de les attaquer. Des œufs plein les poches, nous attendions qu’ils commencent leurs habituelles provocations pour les bombarder. Croyez-moi l’effet fut absolument saisissant ! Bien sûr nous nous sommes sauvés au pas de course avant que les professeurs ou le directeur de l’école se lancent à notre poursuite.

Le lendemain, lorsque nous sommes passés devant l’école, un peu honteux d’avoir commis un tel geste, c’est avec une grande surprise que nous avons constaté que les Anglais se tenaient bien tranquilles et qu’ils allaient cesser pour de bon de nous importuner. Désormais, c’est dans le silence et la paix que nous allions passer notre chemin.

C’est clair, nous n’aimions pas les Anglais et aucun d’eux n’a jamais réellement fait partie de notre groupe. Par contre, nous avions une famille italienne dans le voisinage et leur fille est vite devenue notre amie. Les parents nous accueillaient gentiment chez eux et nous n’avons jamais senti aucun malaise entre nous. Même si ces gens-là parlaient une autre langue que la nôtre, ils avaient aussi appris à communiquer avec nous dans notre langue. Je me revois assise sur les genoux de la dame, qui tentait patiemment de me faire réciter les jours de la semaine en italien. Ces moments font partie des plus beaux souvenirs de mon enfance.

C’est finalement par ce long détour que je veux aboutir à cette chronique, publiée dans le Globe and Mail, qui a provoqué beaucoup de protestations. Je suis personnellement terriblement attristée qu’une journaliste puisse insinuer que les Québécois sont des gens intolérants, et que c’est à cause de leur manque d’ouverture envers les immigrants que se produisent des tueries comme celle qui vient d’avoir lieu au Collège Dawson.

Ouf !

Nos politiciens, eux aussi, ont lancé leurs œufs. Jean Charest a écrit : « Le texte de Mme Wong est une disgrâce. Il témoigne d’une ignorance des valeurs canadiennes et d’une incompréhension profonde du Québec. Mme Wong devrait ainsi avoir la décence de s’excuser auprès de tous les Québécois. » Stephen Harper a écrit : « Si l'auteure a droit à son opinion, l'argumentation avancée est carrément absurde et sans fondement. Sa démarche est non seulement gravement irresponsable, mais cela est faire preuve d'un préjugé inacceptable que d'attribuer la faute de ce drame à la société québécoise. » Et enfin, André Boisclair a qualifié les propos de la journaliste de « dérives intellectuelles qui témoignent d'un mépris réel à l'endroit des Québécois ».

J’espère que la dame a suffisamment été éclaboussée pour avoir besoin d’une bonne douche. Au fond, elle doit ressentir une énorme frustration pour se défouler ainsi sur nous avec des arguments aussi mesquins. Il faut être passablement inconscient et endormi pour ne pas réaliser que le Québec est une terre d’accueil pour les immigrants du monde entier et que ses citoyens sont fiers de cette diversité culturelle qui rayonne sur leur propre culture.