01 avril 2007

Copier c'est voler


« Ce qui est déshonorant, ce n’est pas de mentir, c’est de se faire prendre en flagrant délit de mensonge », écrivait Étienne Rey dans son Éloge du mensonge. En matière de mensonge, celui qu’a commis la jeune Marie-Pier Côté, récemment accusée de plagiat, en est un de taille. On se demande bien ce qu’elle avait en tête lorsqu’elle a présenté « son » manuscrit d’abord à ses parents, puis à un éditeur qui l’a finalement publié. Démasquée, l’adolescente a été forcée d’admettre qu’elle a trompé tout le monde en volant l’œuvre de quelqu’un d’autre sur Internet.

La Presse sème le doute, les fans s’en doutent

Le roman intitulé Laura l’immortelle, publié aux éditions Les Intouchables en janvier 2007, a d’abord suscité les interrogations des fans du film Highlander, à cause des nombreuses similitudes entre les deux histoires. La Presse en avait d’ailleurs fait état dans un article publié le 13 mars 2007. À la suite de cet article, ce sont les discussions des fans sur les différents forums qui ont éveillé les soupçons de l’auteur de la fanfiction Des cendres et du vent, Frédéric Jeorge, qui a publié son récit sur Internet en 2001. Après la lecture du roman de la jeune fille de 12 ans, l’auteur n’a pu que constater qu’il s’agissait d’une copie conforme de son œuvre et a décidé d’alerter les médias.

L’éditeur

Michel Brûlé est un éditeur audacieux qui n’a pas très bonne réputation dans les milieux littéraires. Croyait-il avoir affaire à un jeune prodige lorsqu’on lui a présenté la petite fille et son gros bouquin de plus de 200 pages ? S’est-il interrogé sérieusement ? A-t-il fait des recherches ? A-t-il soumis le manuscrit à d’autres personnes pour connaître leur avis ? Ou a-t-il tout simplement cru qu’une bonne fée, d’un coup de baguette magique, pouvait transformer une fillette en auteur à succès ?

Brûlé l’a avoué lui-même, il n’a pas lu entièrement le manuscrit et a cru à la bonne foi de Marie-Pier et de ses parents qui lui ont confirmé qu’il s’agissait bien d’une œuvre originale. Sans aller plus loin, il a accepté de publier Laura l’immortelle, et jette aujourd’hui sur les parents tout le poids de la responsabilité.

La réaction de l’éditeur étonne, car il ne semble en aucun cas remettre en cause son propre comportement dans ce dossier, son manque de jugement et, oserait-on dire, sa grande naïveté. En tant qu’adulte et professionnel de l’édition, n’aurait-il pas dû émettre des doutes sur la capacité d’une si jeune personne à produire un tel ouvrage sans aide? Sa responsabilité demeure considérable dans cette histoire et il serait dommage qu’on le laisse s’en tirer aussi facilement. D’ailleurs, la somme qu’il réclame aux parents à titre de remboursement et de dédommagement – autour de 30,000 dollars – semble passablement exagérée, compte tenu du faible tirage.

Les parents

Ne généralisons pas. Les parents ne rêvent pas tous de faire de leur progéniture des champions olympiques ou des vedettes de cinéma ni de les voir réaliser des performances exceptionnelles dans tous les domaines. Mais quand un parent décèle certaines aptitudes chez son enfant, il est normal qu’il prenne les dispositions nécessaires pour que celui-ci réalise son plein potentiel. Dans ce dossier, certains ont fait les gros yeux aux parents de Marie-Pier Côté qui auraient, dit-on, cru aveuglément au mensonge de leur fille. Mais doivent-ils réellement payer un tel prix pour cette erreur, puisqu’au fond ils ne sont coupables de rien, sauf d’avoir encouragé le talent de leur fille ?


Le mensonge

Combien d’étudiants remettent des thèses entièrement copiées sur Internet ? Combien d’adolescents rendent des travaux constitués de collages de différents textes glanés sur des sites qu’ils ne se donnent même pas la peine d’inclure dans leurs références ? La facilité avec laquelle quiconque aujourd’hui peut s’approprier un texte d’un simple clic de souris est inquiétante, mais justifie-t-elle le mensonge particulièrement énorme qu’a commis la plagiaire Marie-Pier Côté en s’appropriant l’œuvre d’un autre pour faire croire qu’elle était allée « au bout de son rêve ».

De quoi rêvent les jeunes filles à 12 ans ? De devenir célèbres ? D’attirer l’attention? D’être la fierté de leurs parents ? Si Marie-Pier possède un réel talent d’écriture, aura-t-elle un jour la chance de publier un autre roman ? Combien d’auteurs attendent des réponses d’éditeurs qui demeurent silencieux et qui ne liront peut-être jamais leur manuscrit ? Et ce genre d’histoire n’a rien pour les motiver à lire ceux des jeunes qui rêvent d’être publiés…


P.S. J’aurais bien publié cette chronique un peu plus tôt, mais je devais d’abord m’assurer qu’elle soit acheminée au professeur à qui je devais la remettre. En effet, il s’agit d’un sujet que j’ai choisi comme exercice de rédaction dans le cadre d’un cours que je termine bientôt. Vous comprendrez que je n’aurais surtout pas souhaité être accusée d’avoir copié…

4 commentaires:

Beo a dit...

Si t'as pas la meilleure note avec ce texte!

Tellement vrai tout ce que tu dis, elle doit avoir bien honte la petite et j'espère que l'éditeur ne gagnera pas sa poursuite sur les parents non mais!

Il a une grande part de responsabilité, et la dame qui a été plagiée? On en parle pas?

Ophélie a dit...

Ah! le prof est pas mal sévère, mais je te dirai quand j'aurai ma note. D'accord avec toi qu'on ne parle pas assez de l'auteur et le pauvre n'a rien demandé. Il a simplement dit que les parents auraient dû être plus attentifs auprès de leur fille...
Espérons qu'il sera tout de même dédommagé. Pour la poursuite, c'est rididule en effet. On verra si l'éditeur va vraiment donner suite, mais il en est bien capable, malheureusement.

Beo a dit...

Ce serait pas plus logique de demander à la petite des travaux communautaires genre et bon... je sais pas s'il existe une déontologie au niveau des éditeurs...

Tk: c'est compliqué comme affaire non?

Ophélie a dit...

Oui, ce serait certainement une meilleure option de faire faire des travaux communautaires à la jeune fille. C'est la première fois que j'entends parler de ce genre de cas dans le milieu de l'édition, donc il faudra peut-être que les éditeurs se protègent un peu plus dorénavant, sans devenir trop méfiants quand même.
Oui, c'est compliqué.